6 Nov
2013
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Une grosse dose d’adoucissant ?

Ce matin je suis parti de chez moi pour aller travailler et, comme tous les matins, le rituel est le même. Vérification des poches (check list : portables-clefs-navigo), câlin aux chats, lecteur MP3. Mais contrairement à mon habitude, je n’ai pas mis mes écouteurs ce matin là, et je suis descendu vers les transports perdu dans mes seules pensées.

Ce n’est finalement qu’en arrivant à la gare vingt minutes après que je m’en suis rendu compte. Et en repensant à des scènes de la série Downton Abbey que je revois en ce moment que je me suis demandé « comment c’était la vie sans musique ? »
Je ne parle bien sûr pas de vie sans musique complète. Celui qui n’a jamais entendu le chant de l’eau ou le murmure du vent ne comprendra bien sûr pas pourquoi je dis ça. Au delà de la musique que je qualifierais de naturelle, l’homme n’a sans doutes jamais vécu bien loin de la musique humaine sous quelque forme que ce soit.
En revanche, et c’est la base de ma question, la musique en tant qu’élément omniprésent ?
Pour peut-être mieux faire comprendre ce que je veux dire, je vais comparer précisément une journée X dans ma vie avec les fameuses scènes de Downton Abbey déjà évoquées.

Downton Abbey

3 scènes me viennent à l’esprit en fait. Pour rappel Downton Abbey est une série qui en est à sa quatrième saison et qui suit la vie du Comte de Grantham dans les années 1910-1920, ainsi que tous les humains gravitant autour de lui et de sa grande propriété, Downton Abbey.

downton-abbey-carson-gramophone-590x350– Parfois, deux ou trois fois dans les deux premières saisons, un des domestiques joue du piano pour les autres domestiques, dans les communs. C’est toujours quelque chose de particulier, un moment presque spécial pour eux.
– Lors de la saison 2, les deux filles cadettes de Lord Grantham chantent et jouent du piano pour des officiers blessés sur le front lors de la Première Guerre mondiale. Avec la mise en scène de la fracture psychologique de la Guerre, cette scène est percutante, et là encore, moment d’exception.
– Dans la saison 2 à nouveau, un gramophone arrive dans la grande maison. Tout comme le téléphone un peu avant d’ailleurs, celui-ci est vu avec un mélange de suspicion et d’excitation en fonction des personnages. Il est d’ailleurs placé dans le grand hall, un peu comme si on ne savait pas encore bien quoi en faire.

 

Journée X

Non, je vous vois venir avec vos blagues salaces. Appelons cela la journée lambda.Le monstre du Gramophone

Je me réveille,  avec toujours deux  réveils. Une musique douce, et 12 minutes après une musique plus énergique. Je me lève, j’allume mon ordinateur, je lance deezer, et je déjeune. Direction la salle de bain toujours en musique. Et je pars faire des courses, lecteur MP3. Arrivé au Centre Commercial le plus proche, musique d’ambiance. Qui change à chaque magasin. Restaurant le midi, musique. Certaines gares de RER, musique. Certains quartiers, musique. Je ne vais pas finir la journée en fait.

Vous m’avez suivi ? 100 ans. Juste 100 ans séparent la vie théorique de Lord Grantham et la mienne. Rien que dans la pièce où je me trouve pour écrire, il se trouve une télévision, une chaîne HiFi, deux portables, deux ordinateurs, un lecteur de vinyles, et je vous épargne la liste des Cds et DVD. J’ai donc probablement plus d’appareils à musique dans cette pièce que tout un comté anglais il y a 100 ans !

Je me pose donc cette question ce matin, est-ce que le développement de l’accès à la musique, l’explosion de l’offre proposée et des supports a joué un rôle dans l’évolution de la société ces 100 dernières années ? Sachant que les historiens nous placent dans une des périodes les plus tranquilles de l’Histoire, et que la musique adoucit les mœurs, faut-il y voir un lien de cause à effet ?

1 Commentaire

  • Le développement de la « consommation musicale » s’est fait durant les 30 Glorieuses, à une époque où les besoins primaires au sortir de la guerre ont été satisfaits, et où l’industrie devait trouver de nouveaux marchés à ouvrir, de nouveaux besoins à satisfaire, secondaires ceux-là, comme avec la démocratisation de la distribution des téléviseurs et des radios. Cette période correspond à une reconnaissance des besoins en matière de loisirs d’une manière générale, avec l’apparition d’une certaine « culture de masse », la multiplication des programmes TV/radio, et l’association de ces programmes avec le groupe des « jeunes ». Aujourd’hui, chaque classe d’âge ou groupe social peut être associé à un style de musique, qui contribue à la définir. (on parle aujourd’hui des groupes de « musique geek »). Avec la multiplication des supports et de l’offre musicale proposée par une petite oligarchie d’entreprises, mais aussi par la possibilité offerte à chacun de produire de la musique, je pense qu’inconsciemment, l’accès à la musique est devenu un besoin primaire.
    ET DONC, pour répondre à tes questionnements de fin d’article, je dirais quant à moi que c’est plutôt l’évolution de la société qui a changé notre façon de « consommer » la musique et non l’inverse.

    Quant à déterminer si la musique adoucit vraiment les moeurs… Je ne sais pas vraiment. D’un côté, le « bruit », d’une façon générale est considérée comme un polluant, sans compter que certains textes ou styles musicaux ont pour but d’inspirer de la haine ou de la violence (ou du moins, ils peuvent être interprétés comme tels). De l’autre, cette manière d’occuper son esprit au lieu de ruminer, et d’invoquer des souvenirs, souvent agréables (car c’est souvent là dessus que se basent nos play-lists), peut contribuer à calmer des instincts féroces ! Il est vrai que l’époque actuelle est considérée comme calme, mais va-t-elle le rester ?

    Je dirais que la distinction est similaire à celle faite entre les personnes qui préfèrent réviser leurs cours avec ou sans musique 🙂

Alors, vous en pensez quoi ?