6 Déc
2012
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Alerte au gaz

Je me trouvais cette semaine dans le métro pour me rendre au vernissage d’une exposition lorsque j’ai assisté à l’arrestation musclée d’un suspect. Les agents de sécurité ne parvenant pas à le maîtriser, ils ont fait usage de gaz lacrymogènes pour en venir à bout. Panique chez les usagers, qui couraient en criant « C’est du gaz moutarde ! »
Pour la petite histoire, le gaz moutarde était utilisé au combat pendant la Première Guerre mondiale. Petit point sur la hantise du poilu.

Le gaz et la Première Guerre

Soldat français équipé anti-gazLe 22 avril 1915, près de la ville d’Ypres, en Belgique, l’armée allemande envoie dans l’atmosphère 150 tonnes de chlore. C’est la première utilisation à grande échelle d’un gaz de combat lors de la Grande Guerre. Côté français, belge et canadien en face, c’est la débandade : 5 200 soldats mourront dans les heures qui suivent.

Par la suite, les gaz de combat, dont le gaz moutarde, seront utilisés par toutes les armées, sur tous les fronts de la Première Guerre. Selon le musée canadien de la Grande Guerre, à la fin du premier conflit mondial les obus chimiques constituaient 35% des munitions chez les Français et les Allemands, 25% chez les Britanniques et 20% chez les Américains.

Efficaces comme armes de destruction, les gaz le sont aussi par leur aspect psychologique. Mort insidieuse, ils  émettent une légère fluorescence verte ou jaune, se déplaçant au gré du vent, s’infiltrant partout, obligeant les hommes exténués à se munir de lourds équipements pour protéger leurs voies respiratoires autant qu’ils le peuvent. Mais le gaz moutarde, ou ypérite, brûle aussi les zones de peau non protégées…

Gaz moutarde

Colonne de soldats anglais, aveuglés par les gazLe gaz moutarde tire sa dénomination de l’odeur qu’il dégage, une forte senteur de moutarde, de raifort ou d’ail. Appelé aussi ypérite, LOST, moutarde au souffre, celui-ci a pour principale caractéristique d’être irritant pour la peau, les yeux et les muqueuse, en particulier les voies respiratoires.
Sa fonction première, sensément d’être fortement incapacitant, ne l’empêche pas moins d’être souvent létal pour les malades fortement atteints. L’intérêt du gaz moutarde, au moment où il fut utilisé par les allemands en 1917, c’était de rendre totalement inutiles les masques à gaz, respirateurs et protection utilisées jusqu’alors.
Certes, tous les  soldats intoxiqués ne vont pas décéder de leur exposition au gaz. En revanche, les survivants souffrent souvent de maux plus ou moins graves : cécité, baisse de la vue, anémie, cancers, asthme, lésions graves des tissus apparentées à des brûlures…

Soldats canadiens dans les tranchéesPourtant interdit en 1899 par la convention de la Haye, le gaz sera massivement utilisé sur les champs de batailles de la Première Guerre, occasionnant 3 à 3,4% des pertes du conflit (estimation)
Cette arme terrifiante laissera une impression très forte qui a traversé les décennies, équipées toutes les troupes de la Seconde Guerre de protection contre les armes chimiques, et provoque des réactions démesurées dans les transports en commun à notre époque.

Tout ça pour dire ami lecteur que j’espère que ça n’était pas vraiment du gaz moutarde dans mon métro, sinon ce premier article du nouveau design du blog sera peut-être aussi le dernier !

Alors, vous en pensez quoi ?